Transports à l’arrêt, écoles surchauffées, coupures d’électricité, incendies, surmortalité… l’été 2026 a révélé brutalement la vulnérabilité de notre métropole face aux chaleurs extrêmes. Nous proposons 10 mesures pour rendre Bordeaux Métropole habitable à +40 °C.

« L’été 2026 doit être un électrochoc politique »

Pendant des années, les canicules ont été traitées comme des événements exceptionnels. L’été 2026 oblige à regarder la réalité en face : elles font désormais partie de notre quotidien et leur intensité va continuer à augmenter.

Cet été, les vagues de chaleur ont provoqué plus de 8 000 décès en excès en France. À Bordeaux, près de 70 % du réseau TBM était à l’arrêt au plus fort de la canicule, des quartiers ont été privés d’électricité et certaines écoles ont dépassé les 30 °C.

« Aujourd’hui la chaleur tue beaucoup plus que les accidents de la route, mais on n’en parle pas. C’est pourtant factuel : des milliers de morts auraient été évitables cet été avec une vraie politique d’atténuation et une vraie politique d’adaptation. »

Anne Lépine, Co-Présidente du groupe Écologie & Solidarités

L’été 2026 a été un crash-test grandeur nature : nos logements, nos transports, nos écoles et nos réseaux n’ont pas été conçus pour le climat qui vient.

Maintenant, il faut préparer plutôt que réparer

Face aux conséquences économiques de cet été, Bordeaux Métropole a mobilisé 6 millions d’euros en un temps record pour soutenir les entreprises affectées. Ce fonds est légitime. Mais il pose une question : si nous sommes capables de mobiliser plusieurs millions pour réparer les conséquences d’une crise, pourquoi ne déployons-nous pas la même énergie pour préparer le territoire avant la prochaine ?

« Quand le monde économique est impacté, la Métropole est capable de débloquer 6 M€ en un temps record. Mais pourquoi n’est-on pas capable de déployer la même énergie pour protéger les habitants qui subissent le dérèglement climatique dans leur quotidien ? »

Sylvie Cassou-Schotte, Co-Présidente du groupe Écologie & Solidarités

C’est tout le sens des 10 propositions « pour une métropole habitable à +40 °C » que nous avons présentées en septembre dernier.

Des logements capables de rester habitables l’été

Pendant des années, la rénovation énergétique a principalement été pensée pour réduire les consommations d’énergie et protéger du froid. Cette politique reste indispensable. Mais un logement bien rénové doit désormais également être un logement capable de rester habitable pendant une canicule.

1 Nous proposons donc de faire évoluer les aides métropolitaines à la rénovation pour intégrer pleinement le confort d’été, mais également de créer une Prime fraîcheur permettant aux ménages, notamment les plus modestes, de financer rapidement des équipements simples : ventilateurs de plafond, protections solaires, stores extérieurs…

2 Nous proposons également d’inscrire l’adaptation dans nos règles d’urbanisme grâce à un PLUi bioclimatique, favorisant notamment la ventilation naturelle, l’ombrage et la réduction des surfaces minérales qui accumulent la chaleur.

3 Enfin, il faut ouvrir le chantier des réseaux publics de froid. Sur le modèle des réseaux de chaleur, ils permettraient de produire et distribuer collectivement du froid dans les ensembles de logements les plus exposés, en priorité dans les quartiers populaires et les zones d’habitat collectif dense.

Des transports et des espaces publics qui fonctionnent encore à +40 °C

L’été 2026 a également révélé la vulnérabilité de notre réseau de transports. Une grande partie des bus et des rames actuellement en circulation n’a tout simplement pas été conçue pour fonctionner sous de telles températures.

4 Nous proposons donc d’engager progressivement le renouvellement et l’adaptation de la flotte TBM, avec un objectif : que 100 % des véhicules puissent circuler et maintenir une température supportable pendant les épisodes de chaleur extrême.

5 Mais adapter les mobilités, c’est aussi protéger les voyageurs lorsqu’ils attendent leur bus ou leur tramway. Ciels de rue, toiles d’ombrage, ombrières, dispositifs saisonniers : nous proposons de massifier les solutions d’ombrage dans l’espace public, avec une attention particulière portée aux arrêts de transports.

6 Enfin, chaque quartier doit disposer d’un endroit où se protéger lors des épisodes les plus intenses. Écoles, bibliothèques, gymnases, maisons de quartier ou équipements culturels peuvent constituer un véritable réseau métropolitain de refuges climatiques, accessibles à pied et identifiés par les habitants.

L’eau : protéger la ressource avant qu’elle ne manque

L’adaptation passe également par une nouvelle politique de l’eau. Nous devons progressivement sortir l’eau potable des usages qui ne nécessitent pas une eau de cette qualité : arrosage, nettoyage de l’espace public ou certains usages techniques.

7 Cela suppose d’accélérer la récupération des eaux pluviales, de développer les usages d’eaux non potables et de travailler sur leur réutilisation.

8 Mais cette politique de sobriété doit aller de pair avec un principe fondamental : garantir à chacun un accès à une eau potable de qualité, quelles que soient sa situation sociale ou sa commune de résidence.

Donner plus de pouvoir aux citoyens

L’adaptation de notre territoire ne peut pas se construire uniquement dans les bureaux de Bordeaux Métropole. Elle doit aussi s’appuyer sur celles et ceux qui vivent déjà les conséquences du dérèglement climatique et sur l’expertise scientifique disponible.

9 Nous proposons donc de créer un Conseil scientifique métropolitain du climat, réunissant des experts locaux et nationaux pour éclairer la décision publique, ainsi qu’une Convention citoyenne métropolitaine pour le climat, afin d’associer directement les habitants aux choix qui devront être faits pour adapter notre territoire.

Et si nous passions Bordeaux Métropole au stress-test des 50 °C ?

Nos neuf premières propositions répondent à des vulnérabilités que nous connaissons déjà. Mais qu’est-ce que nous n’avons pas encore identifié ?

C’est l’objectif de notre proposition de créer une Mission d’Information et d’Évaluation « Bordeaux Métropole à 50°C ».

10 C’est l’objectif de notre proposition de créer une Mission d’Information et d’Évaluation « Bordeaux Métropole à 50°C ».

« Arrêtons de découvrir nos vulnérabilités à chaque canicule. L’été 2026 nous en a déjà montré certaines. Mettons volontairement Bordeaux Métropole à l’épreuve de 50°C pour savoir, avant la prochaine crise, ce qui tient, ce qui casse et ce qu’il faut transformer. »

Clément Rossignol-Puech

La méthode a déjà fait ses preuves. En 2022, la MIE « Paris à 50 °C » a réuni élus de tous les groupes, scientifiques, urbanistes, services publics, opérateurs et associations. 85 propositions concrètes ont été adoptées à l’unanimité, pour adapter notamment les projets urbains, les transports, le logement social ou les écoles.

C’est cette méthode que nous proposons à Bordeaux Métropole : travailler ensemble pour préparer notre territoire avant la prochaine crise.

L’été 2027 -et tous les autres- se préparent maintenant

Ces six dernières années, lorsque nous siégions dans l’exécutif de Bordeaux Métropole, nous avons engagé des politiques d’ampleur pour réduire nos émissions : rénovation des logements, plantation d’arbres, restauration d’espaces naturels, développement des transports collectifs et du vélo, lancement du RER métropolitain…

Ce travail d’atténuation reste indispensable. Mais nous devons désormais mener les deux combats simultanément : réduire nos émissions et préparer notre territoire aux conséquences du changement climatique qui sont déjà là.

Cela demandera des investissements et donc des choix. L’été 2026 nous a montré ce qui se passe lorsque nous ne sommes pas prêts. L’été 2027 se prépare maintenant.